Des petites choses de valeur qui se perdent : des blocs de béton

par Harold  HYMAN

En cette soirée de mai, dans la rue Crillon, en bodure du Marais, une benne pleine de gravats de béton, d’une belle blancheur, occupe une partie de la chaussée. Il n’y a pas de travaux de construction visibles à cet endroit-là face à l’immeuble qui abrite l’Agence de Sûreté Nucléaire. On ne voit pas d’où proviennent ces gros débris de béton.

de beaux blocs bien blancs

Des morceaux soigneusement cassés : autant d’énergie gaspillée… Pour faire du béton, il faut beaucoup d’eau et énormément de courant électrique. Et on obtient une matière qui peut tenir des siècles…  Pour la détruire, il faut encore beaucoup d’énergie : pour les engins de démolition, sans oublier le transport et l’éventuel concassage pour en faire des remblais… Ce qui ne fait que renforcer bien-sûr notre dépendance à l’énergie nucléaire…

le lendemain ces blocs n'étaient plus là, partis vers quelque décharge peut-être

le lendemain ces blocs n’étaient plus là

Ici, il s’agit de la disparition d’un mur de béton récent, invisible, qu’on ne regrettera certainement pas. C’e qui est plus grave c’est la destruction des petits bijoux parfaitement visibles et généralement ignorés par le passant… Pire encore : la destruction de joyaux historiques bien plus connus…

 

Et si le bâti faisait partie de notre bagage culturel et même de notre identité, au même titre qu’un poème, qu’une statue de Marianne, qu’une caserne de province ? Qui pouvait brûler Balzac ? On ne brûle pas Balzac sans brûler un peu de nous-mêmes… On ne détruit pas nos vieux murs sans perdre en même temps un peu de notre âme…

HH

Paris 13ème : le duo annoncé des tours infernales !

Par Marie Karel

Tours Duo, © Ateliers Jean Nouvel

Annoncé entre les deux tours de l’élection présidentielle, date qui ne doit rien au hasard évidemment, le projet délirant des tours “Duo” de Jean Nouvel semble être conçu d’emblée pour être contesté. Mais aussi et surtout pour choquer, ce qui est considéré à lui seul, depuis des décennies, comme la confirmation du talent, de la créativité et de l’originalité d’une “avant-garde” de bâtisseurs en place depuis les années 80.

 

On peut y lire la volonté de ces architectes de “mettre plein la vue” à leurs homologues oeuvrant à Shanghai ou à Doubaï, vers qui sont visiblement tournés leurs regards, ce qui laisse entendre que Paris, notre ville et notre héritage, est loin d’être leur préoccupation.

 

C’est la première fois, depuis le Plan local d’urbanisme (PLU) de 1977 qui plafonnait les hauteurs à Paris à 37 mètres, que des immeubles de grande hauteur (IGH) sont autorisés à Paris. La tour Montparnasse avec sa hauteur de 210 mètres avait précédé le PLU.

 

Pas une, mais deux tours sont prévues finalement de pousser aux portes de Paris à l’horizon 2018, sur le site de Masséna- Bruneseau, dans la ZAC Paris Rive Gauche. Le mot “déhanchement” revient souvent dans les descriptions des deux tours fournies par l’aménageur et la Ville, comme si une allusion à la danse pourrait introduire une notion de jeunesse, de gaîté et de modernité.

 

Comme pour une vraie œuvre d’art contemporaine, une certaine littérature accompagne la présentation du projet. Nous ne résistons pas à la tentation de reproduire ici, non sans humour (noir), certains passages :

 

“Jean Nouvel s’appuie à la fois sur des jeux d’inclinaison des façades, et sur leurs rythmes et matérialités (sic), selon le communiqué de la Semapa. “L’ensemble, par son expressivité, acquiert un statut de repère en totale résonance avec le site (sic) et annonce le développement urbain du quartier.” (Sans commentaire). Selon Jean Nouvel, « ces deux immeubles amplifient le plaisir d’être là (sic) Ils vont chercher des vues, accueillent des arbres et des arbustes sur leurs terrasses»… L’architecte du Musée du Quai Branly, et du Louvre Abou Dhabi, entre autres, est à la tête d’une équipe de 140 collaborateurs, et dispose des agences à Paris, aux États-Unis, en Espagne et à Abu Dhabi. Par le groupement AREP, Jean Nouvel intervient aussi, dans la ZAC Paris Rive Gauche, dans le projet du réaménagement de la Gare d’Austerlitz, qui a exigé la récente démolition du Buffet de la Gare d’Austerlitz. Pour beaucoup de parisiens cette destruction constitue un acte de vandalisme.

Le communiqué de la Vile de Paris vante un “projet dynamique et rythmé”, qui “ouvre la ville sur un territoire sans frontière, (ici, c’est bien “l’architecture internationale” qui nous est signalée en opposition à l’architecture vernaculaire dépassée) contribuant ainsi à faire de Paris une métropole du 21eme siècle qui n’hésite pas à se projeter dans l’avenir et à surprendre. (Sous entendre : Paris, c’est du passé). Sa silhouette au déhanchement étonnant sera une belle signature dans le grand paysage de la métropole parisienne, visible depuis les villes voisines”. Aspect qui ne fait qu’amplifier le problème…

 

Pour défendre la notion de l’instabilité comme un objectif essentiel, revendiqué dans la conception de ces tours, l’aménageur explique : “Le bâtiment le plus haut, de 175 m, s’incline doublement vers l’axe de l’avenue de France d’une part, et vers le périphérique d’autre part. Ce déhanchement le rend visible dans la perspective de l’avenue de France. Le second bâtiment plus bas (115 m) assure une transition avec les immeubles en vis-à-vis. Depuis sa base, il s’écarte de la première tour par des retraits successifs (…) L’écart ainsi obtenu entre les deux bâtiments, qui augmente à la façon d’un “V” au fur et à mesure que l’on monte, permet de laisser passer la lumière du sud et de l’ouest”… À propos de lumière, une étude globale de luminosité pour la ZAC Paris Rive Gauche, demandée par l’association SOS Pari, est restée dans réponse.

 

Située à la limite de Paris, la rue Bruneseau occupe l’emplacement de l’ancienne zone des fortifications de l’enceinte de Thiers démolie dans les années 20. Ce secteur compris entre le boulevard du Général Jean Simon et Ivry-sur-Seine est peu construit comme souvent le sont les zones en bordure du Périphérique. La Semapa a jugé utile de renverser totalement la tendance en prévoyant dans cette zone des bâtiments et notamment des immeubles de grande hauteur qui, selon elle, “permettent d’absorber visuellement les infrastructures routières et ferroviaires et de s’en protéger” (sans commentaire). Aussi, en bordure du périphérique, elle vise à “la constructibilité supplémentaire afin de créer une nouvelle “centralité” à la jonction de Paris et d’Ivry, où se mêleront logements, équipements et activités économiques diversifiées” se prenant pour un démiurge.

 

Le jury qui a choisi le projet “Duo” de Jean Nouvel a été présidé par Anne Hidalgo adjointe au Maire chargée de l’Urbanisme et de l’Architecture, et comptait dans ses membres, entre autres, Jérôme Coumet, Maire du 13ème, Christian Sautter, adjoint au Maire et ancien ministre des finances, l’architecte Yves Lion qui intervient sur plusieurs secteurs de la ZAC, l’architecte Marc Mimram, et le réalisateur Cédric Klapisch.

 

Parmi les premiers à réagir, les élus Verts de Paris déplorent “une injure au paysage” et estiment que le “nouveau quartier Paris Rive Gauche sera défiguré par deux immenses blocs de verre et de métal vaguement ondulés“. ““La volonté du Maire de Paris de passer outre l’opposition massive des Parisiens à la construction de nouvelles tours à Paris, se double du choix d’un projet prétentieux et tributaire d’effets de mode. Ce qui semble l’emporter réside dans le choix de l’instantané qui devient archaïque, celui du m’as-tu-vu sur la sobriété, du clinquant sur l’urbain” dénonce Yves Contassot, élu du 13ème arrondissement.

 

De son côté, Le Monde dans un éditorial non signé se fait le chantre de la “modernité” et va jusqu’à la comparaison “cliché” des opposants actuels aux tours, aux critiques de Maupassant contre la tour Eiffel. Il s’en prend aussi aux “heureux habitants d’une capitale embourgeoisée et “boboïsée”, ces privilégiés de l’intra-muros, capables d’assumer des prix de logement inabordables, qui entendent plus que jamais protéger cet entre-soi”, mélangeant toutes sortes de problèmes et désignant le parisien lamda comme un égoïste obtus.

 

Ce qui était un mouvement révolutionnaire dans les années 20, une contestation juvenile dans les années 60, se trouve aujourd’hui intronisé en tant que style “officiel”, un “art d’état” servi par des mandarins. En fait, c’était suite aux événements de mai 1968 qu’André Malraux, ministre de la culture, et par ailleurs grand initiateur de l’administration étatique de l’art, a mis en place une profonde réforme de l’enseignement des Beaux-Arts, séparant l’architecture des autres disciplines et créant des unités pédagogiques d’architecture, dans le but de rompre avec l’Académisme de son époque.

 

Sa réforme a eu plusieurs conséquences aussi bien positives que négatives. Entre autres, des pans entiers de l’enseignement dans les écoles d’architecture ont dû être supprimés, jugés désuets ou inutiles. La rupture avec le passé et la tradition est devenue la règle. De nouveau, aucune voix discordante n’est tolérée. Les rares adeptes de diverses traditions anciennes sont marginalisés. Seule règle : ignorer les repères… Ne serions-nous pas en présence d’un nouvel Académisme ?

 

 

 

Quand le bon sens urbanistique se trouve du côté de Casablanca

Ce weekend (6-7-8 avril) des citoyens de Casablanca ont organisé les Journées du Patrimoine de leur ville. La même idée que les Journées européennes où d’innombrables portes s’ouvrent, dans les banques, les hôtels particuliers, les tribunaux, les sièges sociaux, les installations industrielles, les immeubles d’habitation.

Mais hors d’Europe, au Maroc par exemple ? Les milieux civiques ont-ils vraiment ce genre de soucis culturels? Eh bien oui. À commencer par une assocation, Casamémoire, qui a organisé l’événement quasiment toute seule.

Ces centaines de volontaires en T-shirt noir, ouvrant les portes dans la Médina, avec une explication architecturale et urbanistique sur presque tout. Des étudiants de l’École d’Architecture de Casablanca, et des gens de tous horizons dont maints Français et Espagnols amoureux de ces bâtiments Art Déco.

Prenons cette Médina : essentiellement du 19e et du 20e siècle, à peine plus. Jeune, et pourtant sans effet Disneyland ! Les pauvres y vivent. Où ces abattoirs, construits en 1922, en voie de transformation en lieu de création culturelle. Des HLM dessinées il y 70 ans par des architectes internationaux de la mouvance Bauhaus, et qui n’ont pas vieilli. Les habitants populaires y sont à l’aise, la dégradation n’y est pas pire qu’ailleurs (Casablanca est quand même un peu sale, mais très fonctionnelle entre les bouteilles en plastique vides, et plein de perspectives d’avenir comme son tramway d’une trentaine de km qui ouvrira l’année prochaine, et qui a déjà évincé d’une avenue entière l’automobile !).

Et quelle jeunesse, des étudiants en architecture complètement acquis à la cause de la conservation du bâti des origines à 1970 environ. Le gros n’importe quoi, c’est après cette date, disent-ils. Les grosses destructions, surtout. Par douzaines ces jeunes menaient les tours du public, mince il est vrai mais pour la 4e édition de tous les temps et quasiment sans publicité.
Un musée juif, le plus grand des deux seuls musées de la métropole économique ! (l’autre est le petit musée de musique arabo-andalouse). Le ministre de la culture, élu de gauche au sein d’une coalition menée par le parti islamique-démocrate PJD, s’est exprimé. Un homme de caractère sophistiqué et enthousiaste.

Savait-on que Casablanca était le laboratoire de l’architecture expérimentale du 20e siècle ? Que le résident général du protectorat français (1912-1956) Lyautey, reproduisant le geste de Napoléon III, a lancé un programme à la Haussmann, ouvert à l’avant-garde de son époque ? Que les jeunes architectes casablancais en sont totalement fiers ? Que les Européens et les Marocains firent ensemble de Casablanca une perle, bien défraîchie aujourd’hui ?

Conclusion : l’esprit urbanistique est au Sud, beaucoup plus qu’à l’ouest, en Floride ou en Californie. Dans sa splendeur d’utopie pratique et d’harmonie entre le béton et les décorations artisanales. Du néo-Haussmann franco-marocain. Et ce sont les jeunes qui l’aiment, qui la protègent, dénoncent les destructions indues, avec une fougue que je cherche encore ici. Et qui nous rappellent que les architectes et urbanistes français du 20e siècle se sont fait la main au Maroc.

2012, le début de la déferlante des projets urbanistiques de style “Paris – Shanghai – New York”

paru dans le Huffington Post France, le 23 janvier 2012

Ce ne sont pas seulement les révolutions arabes qui déferlent. Un domaine – je devrais dire chantier – sur lequel les gens ouverts et modernes ne se plaignent que rarement : l’architecture. Mais voilà qui me préoccupe, et tant de Parisiens et d’amis étrangers en sont certains : Paris est une ville à l’architecture protégée… Quelle fausse impression.

Si seulement c’était vrai ! Car en 2008 le Conseil municipal votait un assouplissement des lois de 1978 dites “Décret Giscard”. VGE n’aimait pas l’architecture moderniste, et bien conseillé, statua sur les limitations de hauteurs dans la capitale. La Ville de Paris n’était pas encore une municipalité pleine et entière à cette date.

Fini le décret Giscard. Les portes de Paris pourront accueillir des gratte-ciel, quatre, cinq, dix, treize, les projets sont déja dévoilés ou sur le point de l’être. Tous dépassent les 150 mètres. Des quasi-Tours Montparnasse.

Déjà la tour du Tribunal de Grande Instance est en construction. Très haut, avec tout le charme des années 70, peut-être une vengeance sur Giscard qui avait si peu aimé son époque architecturale. Comme moi d’ailleurs. 2012, ce sera cette première tour sur Paris, première depuis 23 ans, dans le quartier des Batignolles. Merci Renzo Piano.

le TGI de Renzo Piano est-il vraiment fait pour Paris? Ou New York? Ou Shanghai?

©Renzo Piano2012 sera donc l’année de la deuxième Curée de Zola. Certes, l’ampleur ne sera pas comparable en superficie au sol, mais en hauteur, Paris deviendra une forêt de piques alentour. Au revoir la vue dégagée (de moins en moins) sur Paris. Ce que les élus et gouvernants ont si longtemps protégé, afin de nous donner de la vue, de la covisibilité d’un endroit à un autre, tout cela est désormais monnayable. On ne se contente plus de canaliser les excès de hauteur vers La Défense.

Ainsi, Paris deviendra de plus en plus le New York, ou même le Shanghai, dont rêvent tant d’élus et d’urbanistes. Le Maire du 13e, Jérôme Coumet, a dit en 2011 que Shanghai était une source d’inspiration pour lui. Et écoutez le nombre de personnes qui rêvent de New York, voyez le spécial du Point sur New York et son urbanisme! Gratte-ciel sur gratte-ciel. N’importe quelle économie peut en produire, mais qui nous refera un ensemble pré-moderniste, allant du Moyen-Âge à l’haussmannien au post-haussmannien et enfin le Déco ? Autrefois New-York comptait énormément d’immeubles néo-classiques, remplacés depuis mon enfance par des médiocrités rectangulaires. Et en ce qui concerne la Chine, qui ne regrette la destruction des hutongs de Pékin, remplacés par des centres commerciaux et des autoroutes à deux fois 4 voies slalomant entre des gratte-ciel. Tant de rues traditionnelles de Shanghai ont disparu, mais les boîtes de nuit se multiplient. Heureusement que le front de mer (pas vraiment une mer) subsiste, le fameux Bund, entièrement fait d’immeubles d’avant la Seconde Guerre Mondiale ! Sinon on ne saurait plus nommer grand chose de cette ville que nous sommes censé aduler pour son architecture débridée et sa vitalité réputée supérieure.

Pas moi ! Espérons limiter la dégradation de nos vues, panoramas, perspectives, celles qui ont fait le génie urbaniste français et européen, que le monde nous a envié pour son ordonnancement humain et cultivé. Que les Parisiens et les Français aiment un peu plus leur architecture du passé au lieu de courir après le sympathique mais chaotique Shanghai des années de construction folle de cette Chine populaire dopée aux stéroïdes économiques.

Occupy Wall Street : bien plus intéressant que la beuverie du Réveillon

De passage à New York, je me suis trouvé place Zuccotti, là où avaient campé les Occupants de Wall Street à l’automne. En ce Réveillon, je partais vers l’aéroport JFK, afin de regagner Paris. J’ai eu le temps de confier mes bagages à un ami qui m’accompagnait, et de brandir ma carte de presse afin d’accéder au centre de la place Zuccotti, rebaptisée « Liberty Place » par les Occupants, ce qui est en fait l’ancien nom de cette place grande comme un petit square parisien. Nom logique, car situé le long de Liberty Street, nom authentique !

Voyez les Occupants sur mes photos : ils scandaient d’une manière fascinante. Une personne commençait à très haute voix, et les autres répétaient en choeur. Cela faisait comme les répons et les réclames liturgiques catholiques (ou encore les répliques africaines). Des phrases simples et des slogans simples : « Unfuck America » est celui qui m’a le plus impressionné. Les allures des Occupants étaient baba cool, ou grunge, ou totalement ordinaire sans signe distinctif.

La police, qui avait entouré la place Zuccotti de grillages mobiles de police (même modèle qu’en France pour canaliser une foule ou éloigner les passants d’un lieu exposé telle une ambassade) par peloton de 3 ou 4 éparpillés nonchalemment autour, avaient comme pendants des vigiles de sécurité privée habillés en fanions jaunes à l’intérieur de cette place, au nombre de 6 ou 7.

Car la Place Zuccotti est privée, donc la police reste dehors avant la décision de rétablir l’ordre. Tout ceci dans cette place-mouchoir de poche. Pendant les journées, les vigiles laissaient passer les gens ordinaires, et même quelques agitateurs avec leur pancartes.

Pour le Réveillon, les Occupants vinrent par grappes, recommencèrent leur « Occupation », et la police finit par interdire l’accès à la place, laissant sortir mais pas entrer, sauf si on avait une carte de presse.

Je dus partir prendre mon avion, alors la conclusion de cette affaire : l’expulsion vers 1h30 le 1er janvier.

Pour des détails, lire le blog du New York Times.

http://cityroom.blogs.nytimes.com/2011/12/31/protesters-surge-back-into-zuccotti-park/

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Damas et Moscou sur Seine, quand l’opposition est à l’aise dans la ville des Révolutions

Moscou et Saint-Pétersbourg sur Seine
Certes cela fait 19e siècle de le dire (si on le fait partir en 1789). Mais voici : ce samedi 10 décembre, des opposants à la fois du régime Assad et du système russe se sont réunis, séparément, à Paris.

Les Russes – environ 200 à l’instant T de 16h, mais en tout 400 sont passés par la petite place Edmond-Michelet angle Quincampoix à 50 m du parvis du Centre Pompidou – étaient étudiants, artistes expatriés, guides touristiques, expatriés anciens, comptables. Seuls les étudiants se connaissaient un peu.

le ruban blanc anticorruption

Les slogans : fin à la fraude électorale, la corruption généralisée, et la répression policière. Fin à l’intimidation de toute voix gênante, de tout journaliste critique un peu connu. Tels étaient les slogans, et voyez les photos pour déchiffrer les slogans. Voyez le ruban blanc, symbolisant la probité électorale.

Les 400 signatures

Tous se dispersèrent gentiment, après une intéressante conversation entre moi et quatre expatriés, pour gloser sur le ratage intellectuel de la fin de vie de Soljénitsyne. Il aurait pu dénoncer le poutinisme, mais fit le contraire. Les opposants sont sans figure charismatique.

Homs sur Seine

Sur les toits de Paris, le nouveau (ancien) drapeau de la Syrie libre

Pendant ce temps, dans un vaste local associatif du 12e arrondissement, tout de béton, des douzaines de Syriens se relayèrent de 16h à 18h30 sur un webstream reliant ce local, un endroit similaire à Londres (ou était-ce New York) et surtout Homs. Eux nous voyaient, et nous les voyions. Parfois nous regardions des séquences vidéos enregistrées quelques minutes avant. Bref, je ressentis étrangement une présence avec Homs. « Tunisie, Égypte, bientôt la Syrie aussi aura la liberté », et des choses de ce genre en arabe. Hurriya (liberté), un mot qui revenait sans cesse. Les Syriens à Paris reprenaient les slogans des Syriens à Homs, l’interactivité devenait événement politique pour de vrai. Je l’ai ressenti.

La partie terrifiante de tout cela : les gens à Homs eux étaient dans une ville encerclée par les chars d’assaut, et des images de Smartphones montraient les soldats qui s’étaient arrêtés quelques rues plus loin que l’endroit du webathon. Le Webstream – diffusé via satellite donc échappant à la censure — a empêché l’assaut pendant que les images passaient.

Un peu de culture sur le patrimoine bâti de Paris

Le Salon du Patrimoine culturel patrimoineculturel.com qui a eu lieu à Paris du 3 au 6 novembre était tourné cette année vers le patrimoine et la ville.
Sujet ô combien proche des préoccupations des amateurs des vieux immeubles et des vieux quartiers, et magistralement traité par les organisateurs du Salon 2011.

Au hasard, les projets entre équipes de restauration français et israélien (Saint-Jean d’Acre) ou encore chinois (plusieurs sites). Côté français il s’agit du travail de l’assocation Rempart (rempart.com).

Ou encore des présentations sur les maisons paysannes de France, pour démontrer la valeur écologique des fermes d’autrefois – en plus de leur charme.

Toujours dans les conférences, celle sur la ville de Troyes, où le maire, un certain François Baroin, a suivi les recommandations des défenseurs du patrimoine en maintenant, sur les bâtiments nouveaux de son centre-ville, l’aspect traditionnel des maisons à colombages et poutres extérieures.

Pour clôturer le Salon, un exposé et diaporama de François Gady, nouveau président de la SPPEF (soicété pou la Protection des Paysages et de l’Esthétique de France). Il a critiqué non seulement les destructions d’édifices, mais aussi la restauration abusive et fantaisistes, et enfin il a prononcé l’anathème sur les immenses éoliennes qui dominent les petites villes de province et qui pourraient bien venir insulter le regard au large du Mont Saint-Michel.

ENCADRÉ: Quelques bruits sur la Halle Freyssinet www.halle-freyssinet.com, ce chef-d’oeuvre de l’architecture industrielle du 20e siècle à côté de la Gare d’Austerlitz.
Dans les corridors de l’exposition, entre les centaines d’exposants artisanaux et institutionnels, nous sommes tombés sur la société Groupe Jaulin, qui organise entre autres des évènementiels dans la Halle Freysssinet! Halle mal aimée de la SEMAPA, peut-être même de moult élus locaux, Halle qui n’aurait que des défauts. Selon le représentant de Jaulin, Frédéric Clarmunt, la SEMAPA va changer de statut, pourra s’endetter. Car, selon lui, la SEMAPA dispose de la préemption sur terrain, et aucune entreprise n’ose proposer l’achat, car la SEMAPA fait semblant de craindre le classement, tout en sachant qu’elle peut éviter le classement. [en évitant de classer tout en faisant mine d'y croire, on accrédite le mythe d'un monstre invendable, ndlr]. Claramunt dit son groupe achètera la Halle Freyssinet si classée. La ville dit que si c’est classé, personne ne l’achetera. Mystère à éclaircir dans les prochaines semaines. En attendant, la Halle Freyssinet continue avec les évènementiels, après avoir été le lieu d’un meeting de François Hollande.

Le Tibet : cause adorée des Français, mais pas vraiment de l’État français

Le « Premier ministre » Sangay est venu à Paris, où le maire du 11e arrondissement a annoncé le parrainage de Lhassa sa mini-municipalité. Un geste haut en couleur, avec des déclarations de « Vive le Tibet libre » du député-maire socialiste Patrick Bloche, et une assistance d’associatifs dont une belle grappe de Bordelais.

Une petite conférence de presse m’attire sous les ors et lambrissures municipaux de la Mairie d’arrondissement. Elle sera suivie d’une réunion avec les associations de soutien à la cause tibétaine.

Un peu d’histoire (vraiment très peu) :

Le Dalai Lama l’année dernière a renoncé au pouvoir temporel. Depuis son voyage clandestin de Lhassa à l’Inde en 1959, et le début de son gouvernement en exil, il avait conservé le pouvoir temporel et spirituel. Cependant, les Tibétains en exil ont procédé à des élections assez complexes sur le plan logistique, et ils ont désormais un premier ministre appelé Chef exécutif, Lobsang Sangay, qui siège à Dharamsala, dans le nord de l’Inde.

Un peu de politique diplomatique :

Le PM Sangay, professeur de droit à Harvard, fait bonne figure. Il décourage les Tibétains à s’immoler par le feu. Les « auto-immolations » sont une perte de vie, contraire aux buts du bouddhisme. Sangay a dit au moins 3 fois « en tant que bouddhiste », avant de qualifier ses avis.

Le soutien des droits humains des Tibétains en Chine, voilà ce que recherche Sangay à l’étranger. Il se félicite du soutien de Hillary Clinton, qui a récemment prononcé quelques mots officiels sur la répression. La France aussi parle, mais au niveau plus bas du Quai d’Orsay, et non pas au niveau d’Alain Juppé (celui-ci avait été plus musclé avant de devenir ministre. En mars 2008, il avait brocardé la fabilesse de la déclaration du président Sarkozy appelant les autorités chinoises à la retenue au Tibet. « Tuer avec retenue » avait ironisé Juppé. Il ne dit plus cela.

Lobsong Sangay a quand même donné un conseil aux Occidentaux, dont je vous en donne la teneur. Si les Occidentaux veulent faire des affaires avec la Chine, et s’ils sont certains d’être gagnants à la longue, alors se taire sur les droits de l’homme au
Tibet peut s’expliquer. Mais comme ils ne sont plus si sûrs de faire de bonnes affaires, et puisqu’ils professent les droits de l’homme, alors pourquoi se forcent-ils à ne rien dire ou à parler sans agir sur le dossier de l’occupation chinoise?

Ce qui se passe au Tibet depuis 2008 :

Il y a plusieurs mois que des Tibétains, 17 sur le territoire de la République populaire de Chine, et 2 en Inde, mettent le feu à leur corps. Environ une moitié meurt. Depuis 2008, avant les Jeux Olympiques, et pour marquer les 50 ans de l’invasion du Tibet par l’Armée de libarétion populaire (armée de Chine communiste), des manifestations pacifiques avaient débuté, menées par les nombreux moines (que le parti communiste voit d’un mauvais oeil). De répression en répression, d’arrestation en arrestation, le petit peuple de Lhassa a lancé un petit pogrome contre des Chinois ethniques. Le Dalai Lama était publiquement décontenancè, dégoûté, et a menacé de quitter toutes ses fonctions depuis son exil.

« Nous sommes attristés par ces 6 ou 7 morts, dira Sangay. Nous condamnons la violence dans la poursuite de notre cause. Mais la cause de cela est l’occupation et la répression. » Un langage que tout Européen comprend instantanément.

Les auto-immolations pourraient bien continuer, regrette Sangay.

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le Télégramme intramuros: Congrès contre OLP, Obama perdant

Un suspense nerveux pour la diplomatie du quasi-État palestinien, tandis que le Congrès américain remporte une victoie à la Pyrrhus sur le Département d’État

LES PALESTINIENS ATTENDENT:

La Palestine a été votée membre à part entière de l’UNESCO, et pourtant, depuis 10 jours, pas un geste n’émane de la délégation auprès de cet organe pour la culture et l’éducation. L’avalanche de plaintes ne tombe pas, les diplomates culturels palestiniens n’ont pas lancé le moindre message.

LES PHANTÔMES DU CONGRÈS DES ANNÉES 90:

Le gouvernement américain a décidé d’appliquer deux lois des années 90, des lois qui affectent directement la politique étrangère. Elles interdisent aux États-Unis de financer une institution internationale si celle-ci admet en son sein un non-État.

Ces étranges lois sont en fait la source du psycho-drame actuel! Donnez-moi quelques jours pour comprendre pourquoi le législateur à agi en ce sens il y a 20 ans. Je ne trouve aucune trace d’un débat sur ces lois bizarres, hormis le texte verbatim des lois fourni par le New York Times, et la transcription d’un point de presse rècent sur le site du Département d’État, avec la porte-parole Victoria Nuland.

En substance, Nuland dit que le Département voudrait bien rencontrer le Congrès, pour évoquer cette “restriction législative” (i.e. ces lois qui obligent la diplomatie américaine à agir de telle ou telle manière) Nuland ajoute que les USA veulent rester dans l’UNESCO, et qu’ils peuvent y faire beaucoup de bien, mais que c’est vrai qu’au terme de deux ans sans payer leur cotisation, les USA se verront mis en demeure ou même mis en procédure d’expulsion, par l’UNESCO elle-même! L’UNESCO, semble dire Nuland, a ses propres règles, et l’exclusion des USA pourrait en résulter. Sous-entendu: le dossier de la Palestine a été compliqué par le législateur amèricain des années 90, qui n’a pas mesuré les conséquences d’un arrêt du financement, à savoir: l’exclusion des USA. Un simple vote négatif répondait parfaitement à la stratégie du Département d’État, mais ce refus de payer à mener les USA trop loin dans le blocage et pourrait ridiculiser les USA eux-mêmes.

Bref, l’administration Obama aurait préféré ne pas avoir à se retirer de cette manière du financement, après que les USA étaient revenus d’eux-mêmes dans l’UNESCO sous George W. Bush, après un hiatus entre 1984-2003. Barack Obama reste, mais ne paie pas.

Israël va suivre la démarche américaine.

Ah oui: si les USA suspendent toute aide directe à l’Autorité Palestinienne à la suite de l’affaire de l’UNESCO, ce n’est nullement en vertu d’une loi pré-existante, mais à cause du refus politique du Congrès de financer. Il s’agit d’une décision expresse du lègislateur actuel. DE PLUS EN PLUS INEPTE.

L’HOLOCAUSTE DE BOKOVA:
Lorsque Irena Bokova a annoncé, au moment de la suspension américaine, que le programme éducatif sur l’Holocauste était en danger de ne plus être financé correctement, la question devenait: est-ce là du chantage bokovien?

Après un peu d’enquête auprès de la diplomatie israélienne et française, je vois que l’UNESCO maintient autour d’elle des programmes semi-autonomes, avec financement séparé et souvent public-privé. C’est le cas du programme Éducation sur l’Holocauste, auquel participent six pays dont les USA, Israël, la France. Ce financement ne semble pas relever du financement du budget de l’UNESCO, donc Madame Bokova a légèrement abusé de la vérité dans sa mise en garde… Un poyen sans doute d’envoyer une pique aux USA, comme quoi l’UNESCO n’aurait plus tellement envie de ne laisser que ce programme aux Américains et Israéliens.

LE CONGRÈS POUSSE AU DÉSACCORD USA-FRANCE:
En conclusion, cette affaire de fiancement coupé et vêritablement un chaos créé par le Congrès américain, qui fait plaisir au gouvernement israélien qui n’en demandait pas forcément autant.

Enfin, cela marque la première nette différence entre la France et les USA depuis le début du tandem Sarkozy-Obama! Mais ces deux-là ont une paix solide depuis le Traité d’Alliance de 1778. Du solide, plus fort que l’UNESCO…

le télégramme intramuros : Un drame palestinien sur le front diplo-culturel

Lundi 31 octobre 2011, l’Autorité nationale palestinienne, membre-observateur de l’Unesco, va pouvoir tester la volonté du concert des nations : La Palestine comme membre à part entière de l’UNESCO.

Le gouvernement palestinien fait tout pour obtenir quelque chose de l’ONU. À New York, l’admission comme État piétine au Conseil de Sécurité, et si jamais le Conseil se mettait en tête de trouver une majorité pour accepter la candidature, alors le véto d’un P5 anéantirait cette velléité.

Toutefois, le dossier de la Palestine à l’UNESCO ne suit pas la même procédure. D’un côté, une majorité des deux tiers, sans véto. De l’autre, en jurisprudence, la Palestine serait le premier membre qui n’est pas une dépendance d’un autre. Les membres de ce type sont les Îles Féroé (Danemark), des dépendances caribéennes des Pays-Bas, du Royaume-Uni. Des confetti d’Empire, comme l’on dirait.

Mais un État non-encore formé, il n’y en a point à l’UNESCO.

Lundi, la Palestine sera admise, car elle a les 3 tiers des voix nécessaires. Les milieux informés de tout bord me l’ont dit. La diplomatie israélienne ne sait pas comment enrayer cela, et compte sur un bon score de « non », pour la forme. Que le Zimbabwe et Cuba votent « oui », ce n’est pas une gloire, selon la logique israélienne.

Grosse question : puisque les Palestiniens et les Israéliens concernés savent comment faire, ne sont-ce pas les Français les plus embêtés ?

Ou bien les Palestiniens réussiront-ils à forcer les lignes de partout ?

Enfin, si les Palestiniens se trouvaient entièrement bloqués au Conseil de Sécurité, suite à leur intrépidité à l’UNESCO.

Un drame diplomatique se prépare.